Profession : traqueur de gros carnassiers
Sous un ciel écossais, balade sur le lac de Vassivière avec un vieux loup d'eau douce, qui connaît par coeur les lacs et les parcours de première catégorie du plateau de Millevaches. Antoine Machinal a construit un bateau et travaille, en pleine nature, sur le territoire où il a grandi.
«Je ne vends pas de poisson », annonce ce pêcheur professionnel. Qui ne sillonne pas Vassivière à la barre d'un chalutier, mais sur une grosse barque plate en aluminium. Ce que vend Antoine Machinal c'est plus de vingt-cinq ans de pratique de la pêche sportive sur les lacs et rivières du plateau de Millevaches : « J'avais deux grands-pères pêcheurs. Dès l'âge de dix ans, je partais avec eux. L'un d'eux était passionné de pêche sportive, il m'a emmené partout. Sur les plus beaux parcours du limousin mais aussi dans les Pyrénées ».
Antoine Machinal ne parle pas de don, mais de connaissance intime de l'un des plus beaux territoires halieutiques de France : « Même avec l'expérience, on peut passer du temps sans rien pêcher. Mais sur un lac comme Vassivière, si l'on connaît la chaîne alimentaire et les moeurs des poissons, on peut anticiper leurs déplacements ». À ses clients, le guide-moniteur de pêche transmet son savoir. Qui comprend toute une philosophie de la pêche, une recherche d'osmose avec le milieu, et puis, plus prosaïquement, des informations décisives, du genre : « Comment être sur les bons coins, au bon moment ».
Antoine n'étale pas spontanément les 1,24 mètre du brochet qu'il a pêché un jour dans le plus grand lac du Limousin, mais il confirme : « Que ce soit brochet, sandre ou perche, il y a du gros là-dessous ».
C'est un jour de juin et Vassivière baigne dans une ambiance écossaise, qui ne lui va pas mal au teint. Régulièrement, Antoine Machinal part encadrer des séjours en Irlande, en Écosse ou en Autriche. Réaliste, il ne rêve pas de voir de son vivant les saumons remonter jusqu'au pont de Senoueix Les truites de la Maulde, de la Vézère, de la Vienne ou de la Dordogne, rivières dont il connaît tous les parcours, lui donnent déjà du fil à retordre. Sans exclusive, le guide-moniteur navigue sur les grands et petits lacs « Entre Viam et Vassivière, de Lavaud-Gelade au Chamet en passant par le Mont-Larron : chaque lac est une facette de ce diamant qu'est ce territoire de pêche ». Ce qu'aime Antoine, c'est « la diversité ».
Son bateau, dont il a fait les plans, a un très faible tirant d'eau. Un moteur électrique auxiliaire lui autorise des approches silencieuses. Le capitaine des Mille et une sources peut embarquer cinq pêcheurs en recherche de bons conseils. Pour une journée, avec ou sans le coup du soir, ou pour un bivouac.
Cela fait onze ans que ce jeune papa, qui a planté sa tente (en bois) à La Geneytouse (Haute-Vienne), se consacre exclusivement à la transmission de son savoir. Après une première expérience dans l'industrie, il a suivi le cursus de guide-moniteur de pêche du lycée agricole d'Ahun, où il a enseigné par la suite durant 4 ans. « À l'époque c'était une formation supérieure. Malheureusement, par la suite, le niveau du diplôme a été abaissé ».
D'autres professionnels oeuvrent aujourd'hui sur le secteur. L'eau du Plateau est pure, l'espace infini, mais le marché du séjour de pêche n'est pas optimisé, selon Antoine Machinal.
Présent sur les salons et dans les magazines spécialisés, ce déjà vieux loup d'eau douce se remue pour se faire connaître, avec, parfois, l'impression de mouliner dans le vide : « Ce territoire n'est pas suffisamment promu ». En basse saison, le traqueur de carnassiers propose son expertise aux propriétaires d'étangs. Même quand ça ne mord pas suffisament, pour Antoine, tout va bien : la pêche du client comme du brochet doit rester aléatoire. Doit rester un sport.
source : lamontagne.fr